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Le bombardement de Tours (juin 1940)

Relation de Charles Hamonet dans une lettre à ses parents Marie-Louise et Auguste Hamonet, tenant alors commerce de graines à Angers, quelques jours après les bombardements des ponts sur La Loire et de la ville. Charles Hamonet collabore, alors, au journal régional La Dépêche, installée à Tours. Bien que la parution du journal ait été interrompue pendant cette période, on notera le souci journalistique de la précision dans le récit de Charles. Tempérament artiste contrarié par ses parents, il avait trouvé cette profession pour s’exprimer. Nous devons ce document à Nadette Goupille. Provenance : succession de Jeanne Goupille (née Hamonet) et sœur de Charles Hamonet.

On trouvera aussi sur ce site, un autre souvenir de Charles Hamonet : ici

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Charles Hamonet, 1925

Tours, 5 juillet 1940

Cher papa et chère maman,

Alors que, sachant le rétablissement des relations postales avec Angers, je me disposais à vous écrire, j’ai reçu ce matin votre lettre datée du 29 juin, portant le cachet de la poste du 30 au matin : cinq jours pour venir ! C’est avec une bien grande joie que nous avons eu de vos nouvelles et appris que vous étiez en bonne santé, malgré les heures tragiques que vous avez vécu. En ce qui nous concerne je viens aussi vous rassurer. Nous sommes tous en bonne santé et n’avons personnellement aucunement souffert des événements qui se sont passés à Tours les 18-19-20 juin lors du bombardement et de l’immense incendie qui a suivi.
D’ailleurs, imitant plus de la moitié de la population, sachant qu’une résistance de la ville allait être organisée, samedi après-midi, nous avons quitté Tours à pied, chargés comme des mulets. Après avoir couché à Joué les Tours, le dimanche nous sommes arrivés à Azay-le-Rideau où nous sommes demeurés jusqu’au dimanche suivant 23 juin. Durant notre séjour campagnard, couchant sur la paille dans une grange, faisant la cuisine en plein air, nous n’avons pas été inquiété, cependant que nous entendions le bombardement de Tours et que je recueillais - à plus de 20 Km de leur point de départ - des papiers brûlés provenant de l’incendie. Enfin, sans dégats, après avoir assisté samedi 22 à la première heure à l’arrivée des troupes allemandes, le lendemain dimanche nous avons regagné Tours, où nous étions le soir, heureux de retrouver notre foyer intact. Bien qu’éloigné des lieux tragiques nous avons vécu des heures d’intense émotion. Avec le Directeur de La Dépêche M Arrouet [1] en collaboration je prépare un historique de Tours pendant la guerre alors vous pourrez lire en détail tout ce que je ne puis vous mettre dans une lettre.

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(GIF) Le manuscrit complet de Charles Hamonet (PNG)

En résumé et chronologiquement voici les principaux événements qui se sont passés à Tours :

Dimanche 15 juin : Bombardement de la ville par avions.
à 5 heures - Une douzaine de bombes, dont l’une près e mon quartier. Un blessé grave décédé. Quelques blessés légers. Surtout immeubles abîmés.

à 13h30 - Second bombardement par avions visant le pont de pierre qui n’est pas atteint. Pas de victimes.

Mardi 18 - Canons mitrailleurs, chars d’assaut sont en position pour défendre l’entrée de la ville par la Loire. Entre 17h25 et 23h tous les ponts sautent y compris ceux de chemin de fer. Vers minuit commencent les tirs de canon et de mitrailleurs en bordure de la Loire et se poursuivent la nuit. Mercredi 19 - Des obus tombent dans mon quartier faisant un mort et détruisent deux usines et de nombreux immeubles par l’incendie qui s’est déclaré.
Vers 4h30 - La bibliothèque dans laquelle s’abritaient 2 mitrailleurs est touchée par les balles et un obus qui y met le feu. Sur divers points de la rue Nationale d’autres obus tombent et partout provoquent des incendies, le gaz n’ayant pas été coupé par l’usine. Dans la matinée la bibliothèque est un immense brasier qui communique le feu aux immeubles voisins, activé par un fort vent N.E.
Le pont de pierre sauté, Tours n’a pas d’eau pour combattre les sinistres, car les canalisations passaient dans le pont. Impuissants, les services d’incendie ne peuvent même pas faire la part du feu. Durant ce temps les tirs des mitrailleuses et le bombardement continuent sur les quais. Il en est ainsi jusqu’à la soirée du jeudi.

Jeudi 20 - Grâce à l’initiative et un dévouement du maire, entouré du préfet et de l’archevêque, des pourparlers engagés avec les allemands pour la cessation des combats aboutissent heureusement. Il était temps car le commandant allemand était décédé à raser la ville. Au matin de Vendredi les allemands entrent dans la ville.

Résultat : la moitié de la rue Nationale n’set que ruines. Deux quartiers son anéantis : outre la bibliothèque, le Musée d’histoire naturelle. L’Ecole des Beaux Arts, l’Imprimerie Ma..., des grands magasins, les grands cafés etc... les dégats touchent plus d’un millier de personnes sans logis et ruinés. Je crois qu’il y a peu de victimes sous les décombres . Les victimes connues du bombardement ne seraient guère plus d’une douzaine.
Et il y a eu des scènes de pillage inouïes sous les bombardements. Les pompiers faisant la police les poursuivaient et les assommaient à coups de hache ! De quoi faire un vrai « Livre noir ».

Enfin, tout cela c’est du passé. La vie s’essaie à reprendre, mais faute d’essence tout est paralysé. Les marchandises sont vendues aux troupes par quantités industrielles et quand nous en voudrons, si les transports n’ont pas permis le réapprovisionnement, nous risquons d’être plus que gênés pour tout ce qui touche l’alimentation.

En ce qui me concerne j’ai repris au premier jour de sa nouvelle parution ma place à la Dépêche et de ce côté n’ai pas lieu de me plaindre, ma situation étant ou me semblant maintenant plus certaine, grâce à ma collaboration historique avec Mr. Arrouet (ou Arrault ?).

Voila en résumé les grands événements qui se sont déroulés à Tours et dont chaque jour je m’essaie à refaire la trame.
Réciproquement nous voici donc rassurés. J’ai trois beaux-frères mobilisés dont nous sommes sans nouvelles. Quant à Bernard [2] j’espère qu’il ne tardera pas à vous donner signe de vie.

Quelques détails historiques sur Angers me feront grand plaisir.
En attendant le plaisir de vous lire.
Au nom de ma petite famille _ je vous embrasse bien tendrement

(signature tronquée on devine la lettre C de Charles )

J’ai oublié de vs dire que lorsque nous avons quitté Tours j’avais l’intention d’aller jusqu’ à La Forêt [3]. Mais, à pied étant donné la distance, j’ai abandonné ce projet. D’ailleurs Jeanne et le Dr [4] devaient avoir une foule de gens, peut-être de la famile à héberger ?
Thérèse, Odette, vous mêmes avez-vous quitté ou eu l’intention de quitter Angers ?

Notes

[1] ou Arranet, transcription incertaine

[2] Bernard Larcher , le mari d’Odette. Il sera fait prisonnier et connaîtra les camps allemands, les privations et ne sera libéré que cinq plus tard...

[3] La où réside sa sœur Jeanne mariée à Lucien Goupille.

[4] Maurice Goupille, le beau père de Jeanne, médecin à la Forêt.

 


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